Les journées de fortes chaleurs se multiplient, en France, depuis quelques années. 37,8 °C à Angoulême, 37,6 °C à Narbonne, 37,4 °C à Perpignan… Ce 28 mai 2026, alors que l’été n’avait pas encore commencé, a été celui des records de température pour un mois de mai en France. Et la nouvelle vague de chaleur, la semaine du 15 juin 2026, prouve à quel point le réchauffement climatique est devenu une réalité. Et les épisodes caniculaires un évènement de moins en moins exceptionnel… Alors que les fortes chaleurs deviennent un élément de nos vies, où en est le monde du travail ?
Tout d’abord, il faut rappeler que Météo France classe les niveaux de fortes chaleurs par trois seuils de vigilance : « jaune » en cas de pic de chaleur, « orange » en période de canicule » et « rouge » en période de canicule extrême par sa durée, son intensité et son ampleur géographique.
De même, conformément à l’article L.4121-1 du Code du travail, qui dispose qu’il « doit prendre toutes les mesures nécessaires » pour préserver la santé physique et mentale de ses salariés, l’employeur doit :
- prendre en compte et inscrire au DUERP (document unique d’évaluation des risques professionnels) ;
- adopter les mesures de prévention permettant d’assurer la santé et la sécurité des salariés ;
- former les équipes sur les risques liés à la canicule ;
- mettre à disposition des salariés de l’eau potable et fraîche, à proximité des lieux de travail et en quantité suffisante (minimum trois litres par jour et par salarié en cas d’absence d’eau courante) ;
- renouveler l’air de façon à éviter les élévations exagérées de température dans les locaux de travail fermés ;
- fournir aux salariés des moyens de protection contre les fortes chaleurs ou de rafraîchissement (vêtements respirants, couvre-chefs, lunettes filtrantes) ;
- aménager les postes avec des brumisateurs, des pare-soleil ou des ventilateurs ;
- en apportant une attention particulière aux femmes enceintes, personnes âgées, atteintes de pathologie chronique ou en situation de handicap, avec des mesures de prévention spécifiques en lien avec la médecine du travail ;
- dans le BTP, mettre à disposition des travailleurs un local de repos adapté, aménager le chantier de manière à permettre l’organisation de pauses dans des conditions de sécurité équivalentes, mettre à disposition au moins trois litres d’eau potable et fraîche par jour et par salarié, s’assurer que le port des protections individuelles et pour les engins soient compatibles avec les fortes chaleurs, et prendre des mesures organisationnelles adéquates pour que les travaux se fassent sans exposer les salariés, quitte à arrêter les travaux.
Fortes chaleurs en entreprise : un décret en vigueur depuis juillet 2025
Le décret n° 2025-482, en vigueur depuis le 1er juillet 2025, a complété ces mesures par un plan de protection renforcé des travailleurs. Ce dernier prévoit un maintien des locaux fermés adaptés au travail à une température adaptée à l’activité et à l’environnement en toute saison, et une protection des travailleurs contre l’environnement. Des dispositions spécifiques s’ajoutent au fur et à mesure que les seuils de Météo France sont atteints :
- Jaune — Maintenir les locaux fermés affectés au travail à une température adaptée, mise d’eau à disposition, envisager d’adapter les horaires de travail ;
- Orange — Prévoir des pauses supplémentaires, limiter les tâches physiques en extérieur de 11 à 16 heures et fournir des équipements comme des chapeaux ou des vêtements légers ;
- Rouge — Mesures immédiates comme arrêt temporaire des travaux exposés si la santé des salariés est menacée (décret n° 2025-452 du 27 mai 2025), réorganisation des horaires et surveillance accrue des salariés à risque.
Concrètement, cet ensemble de mesures passe par un aménagement des horaires. Mais aussi une rotation des tâches, une ventilation suffisante, une sensibilisation des salariés aux consignes de sécurité et aux signaux d’alerte d’un coup de chaleur. L’Anact préconise de mettre en place un plan de chaleur, un repérage des postes exposés et des ajustements continus issus des retours du terrain.
Face à la chaleur, la meilleure arme demeure la prévention, et donc l’anticipation et l’adaptation des conditions du travail.
Et le CSE dans tout ça ?
Le CSE, par son rôle de représentant des salariés et de leurs droits, n’est évidemment pas oublié de cette batterie de protections juridiques face à la canicule.
Au titre du DUERP, il se doit d’être consulté sur les mesures de prévention et associé à l’évaluation des risques liés aux fortes chaleurs. Il peut donc proposer des actions correctives pour garantir davantage la santé et la sécurité des travailleurs, qu’il s’agisse d’aménagements ou d’organisation du travail. À eux également d’être acteurs du suivi
Les articles L.4131-1 à L.4131-4 du Code du travail énoncent clairement qu’un travailleur doit immédiatement prévenir son employeur s’il constate une situation de travail qu’il juge dangereuse pour sa vie ou sa santé et se prévaloir de son droit de retrait en cas de danger grave et imminent. Travailler dans un espace de travail sans système de ventilation et où la température dépasse les 35 °C peut donc être un motif raisonnable pour se retirer d’une situation dangereuse pour la vie d’un salarié.
Le droit d’alerte du CSE est donc prépondérant dans un tel contexte.
Il faut cependant rappeler que le Code du travail ne fixe aucune température maximale à ne pas dépasser pour travailler.
Une pensée pour les rédacteurs !
En tant qu’espace de travail en entreprise, les réunions du CSE se doivent de correspondre à ces obligations ! Et si vous devez tenir une séance en présentiel, n’oubliez pas d’inclure dans votre prévention les rédacteurs. Ils ne peuvent prendre de pause qu’à la suspension de vos séances et sont contraints de travailler sur un ordinateur portable qui peut souvent chauffer de lui-même !
Donc, n’hésitez surtout pas à le faire bénéficier de votre ventilation, de vos distributions d’eau et à vous enquérir de sa condition… Ce sera toujours apprécié et bienvenu !




































